Une fresque murale multicolore de 30 m2, réalisée par un condamné à un travail d’intérêt général -tig- au centre sportif universitaire la Motte Rouge, avenue du Professeur Emile Jeanbrau, dans le quartier du Plan-des-4-Seigneurs, à Montpellier, a été inaugurée, lundi.
On doit cette oeuvre à un jeune artiste montpelliérain connu sous le pseudonyme de Smole, spécialiste du street art. Mais, entre graff et tag, les analyses divergent, notamment policièrement et pénalement : ainsi, Smole a été interpellé l’année dernière en flagrant délit par des policiers de la Sécurité publique du commissariat central d’ici, alors qu’il taguait en milieu de nuit des façades privées. Dans la foulée, il avait été condamné à effectuer 35 heures de travail d’intérêt général, une peine acceptée.
« Merci à la Justice »
Lundi, le « tigiste » Smole a même tenu à adresser « un grand merci à la Justice. Je suis heureux d’avoir pu réaliser cette oeuvre, je n’aurai jamais imaginé cela de la Justice ». Devant cette magnifique fresque qui égaye le site du centre sportif universitaire de Montpellier, l’artiste a révélé, « avoir mis une quarantaine d’heures pour faire cette fresque en utilisant des bombes de peinture de grande qualité, ce qui n’est pas le cas d’habitude, car je n’ai pas beaucoup de moyens. C’est une vraie chance, cela dit, je ne compte pas retomber entre les mains des juges ».
Une convention
Smole a rempli son contrat avec Dame Justice, avec même un petit bonus : il a exécuté sa peine en offrant du rab, puisque la réalisation de la fresque lui a demandé quarante heures de travail, plus que les 35h infligés par les juges ! Smole se présente comme un artiste et non comme un vandale, scribouilleur de façades et de toitures; d’ailleurs, ses graffitis publics font l’admiration des connaisseurs montpelliérains et l’émerveillement des novices, qui découvrent ces traçages hauts en couleurs.
La réalisation de cette fresque a été rendue possible par l’engagement de l’Université de Montpellier dans le dispositif Tig formalisé par la signature d’une convention de partenariat le 3 juillet dernier, entre l’Université de Montpellier, le tribunal de grande instance -TGI- de Montpellier et le service pénitentiaire d’insertion et de probation -Spip- de l’Hérault.
« Le travail d’intérêt général est une sanction pénale alternative à l’incarcération. Le tig est une peine contraignant la personne condamnée, majeure ou mineure de plus de 16 ans, à exécuter un travail sans percevoir de rémunération. Il s’agit d’une mesure qui ne peut être prononcée qu’avec l’accord de la personne concernée, explique Christophe Barret, le procureur de la République de Montpellier, cette peine est prononcée par le juge selon la gravité des faits reprochés, les circonstances et la personnalité de l’auteur. La peine de travail d’intérêt général permet d’individualiser la réponse pénale à un fait délictueux, en ce qu’elle est adaptée à la situation sociale ou professionnelle de la personne condamnée et évite la désocialisation que peut induire une courte peine ».
Christophe Barret a salué la démarche de Smole : « Cet artiste a pu exprimer son talent autrement qu’en commettant des délits, c’est donc une excellente chose ».
Ouvrir des perspectives d’insertion
Le tig peut être prononcé pour tous les délits punis d’une peine d’emprisonnement, pour certaines contraventions de cinquième classe, mais également en cas de prononcé d’une peine d’emprisonnement avec sursis; il est alors appelé sursis-tig. Sa durée varie selon la nature de l’infraction concernée : entre 20 heures et 120 heures pour une peine de police et entre 40 heures et 280 heures pour une peine correctionnelle. « Si le condamné n’exécute pas le tig, il encourt une peine d’emprisonnement ferme qui peut atteindre deux an », prévient le procureur.
L’objectif d’une telle peine est de sanctionner, certes, mais surtout d’ouvrir des perspectives d’insertion sociale et professionnelle.
Outre leur nature de peine, les travaux proposés doivent être utiles, relever du secteur non marchand et ouvrir des perspectives d’insertion sociale et professionnelle à la personne condamnée. Il s’agit par exemple d’améliorer l’environnement avec un travail dans l’entretien des espaces verts, le débroussaillage au sein de collectivités publiques, d’effectuer des travaux d’entretien et de manutention, d’entretenir ou rénover le patrimoine, par exemple, restaurer un bâtiment historique, d’effectuer des actes de solidarité : accompagnement de personnes handicapées, lecture pour des non-voyants, de participer aux activités culturelles, tel que l’accueil du public, d’accomplir des tâches administratives : classement, archivage, recherche documentaire, d’éducation à la citoyenneté ou des travaux pédagogiques.
113 structures pour tigistes
113 structures sont habilitées à accueillir des « tigistes » dans le ressort du tribunal de grande instance de Montpellier, qui englobe, outre le chef-lieu de l’Hérault, les communes de Sète, Lunel, Lodève, Lattes, Pérols, Saint-Mathieu-de-Tréviers, Mèze, Palavas-les-Flots, la Grande-Motte, Saint-Gély-du-Fesc, Castelnau-le-Lez, etc.
« Introduite en France par la loi du 10 juin 1983, cette mesure de travail d’intérêt général connait un essor continu depuis le début des années 2000. La réussite du dispositif repose sur le développement d’un réseau partenarial engagé et actif. Ainsi, l’année dernière, 13 nouveaux partenaires représentant 43 postes ont été habilités ou inscrits sur la liste des structures habilitées à accueillir des tig, indique t-on à la présidence du tribunal de grande instance de Montpellier, au 2 janvier dernier, le ressort du TGI de Montpellier comptait donc 113 structures habilitées à accueillir des « tigistes » : 62 collectivités publiques, 33 associations et 18 établissements publics ».
26’000 heures de tig
Au total, 207 « tigistes » sont accueillis dans ces structures. Ils ont exécuté plus de 26’000 heures de tig, l’an dernier. Le nombre des postes offerts devrait encore être augmenté. « Un partenariat jugé satisfaisant, se félicite t-on à la direction de l’Université de Montpellier, l’année dernière, nous avons accueilli deux tigistes : une personne pour une durée de 35 heures pour l’entretien des espaces verts et installations sportives et Smole, l’auteur de cette fresque murale de type graff ».
L’expérience est tellement concluante, que l’Université de Montpellier, « pleinement satisfaite » vient de signer une convention de partenariat avec le tribunal de grande instance de Béziers.