Jeunes pickpockets de Montpellier : 150’000 € de butin par mois

« C’est difficilement quantifiable, mais, selon une estimation effectuée l’année dernière par les enquêteurs de la cellule spécialisée créée pour démanteler le réseau clanique des vols à la tire sur des usagers du tramway de Montpellier, on peut dire que le butin était d’environ 150’000 € par mois. Les mineurs, principalement des filles, remettaient ces fonds aux quatre têtes de réseau présumées », a révélé ce jeudi après-midi, Christophe Barret, le procureur de la République de Montpellier qui s’exprimait sur le démantèlement du présumé « gang des pickpockets ».

Comme Métropolitain l’a révélé dès lundi, une opération de police et de gendarmerie a été lancée en début de semaine dans huit domiciles de familles bosniaques, à Perpignan : quelque 300 enquêteurs -sûretés départementales de l’Hérault et de Seine-et-Marne, brigade de recherches et d’intervention -BRI- du SRPJ de Montpellier, Groupe d’intervention régional -GIR- de Montpellier, Office central de lutte contre la délinquance itinérante -OCLDI composée de 54 gendarmes et de deux policiers, Police aux frontières des Pyrénées-Orientales- ont reçu l’appui d’un hélicoptère, d’équipes cynophiles et d’un escadron de gendarmes mobiles pour procéder à quinze interpellations, treize adultes et deux mineurs.

Dix véhicules de luxe, dont une Porsche, environ 50’000 euros en liquide, des montres de valeur, des articles, accessoires et objets de luxe ont été saisis et confisqués par le juge d’instruction du tribunal de grande instance de Montpellier en charge de l’information judiciaire ouverte le 20 juillet dernier, après sept mois d’enquête préliminaire.

Le déroulement des investigations a été suivi au quotidien par le Bureau des enquêtes -BDE- créé au parquet de Montpellier par le procureur de la République, avec trois fonctionnaires à plein temps, qui sont en liaison avec les enquêteurs de la police, de la gendarmerie, des douanes etc.

Des vols à la tire depuis 2015

« Depuis 2015, nous avions une recrudescence de vols à la tire, c’est à dire de vols de cartes bancaires surtout au préjudice de voyageurs du tramway, notamment aux stations, lors de l’achat des tickets de transport, a expliqué Christophe Barret, le mode opératoire était récurrent, à savoir que des jeunes femmes, des mineures âgées souvent de 12 ans et de 13 ans parvenaient à lire le code secret des cartes bleues, quand les usagers qui achetaient les titres de transport le tapaient aux automates, puis à les dérober en douceur, selon une stratégie imparable, avant d’aller effectuer des retraits aux distributeurs automatiques de billets, les DAB ».

Les voleuses qui agissaient en trio retiraient le plafond disponible, jusqu’à 900 euros régulièrement. Selon un officier de police judiciaire de la sûreté départementale de l’Hérault, le maximum que les adolescentes ont pu empocher s’est élevé à 7 500 €…

Champagne à flots

Grâce aux fonds ramenés par les petites voleuses, les commanditaires -trois patriarches cinquantenaires de clans bosniaques déjà condamné en 2013 pour des délits similaires- menaient un luxueux train de vie, « flambant l’argent dans des discothèques où le champagne coulait à flots. Ils n’ont pas hésité à se faire prendre en photos et à les publier sur les réseaux sociaux, où on les voit s’amuser avec des liasses de billets d’euros en vidant des bouteilles de champagne », a souligné le procureur de la République de Montpellier.

Une partie des fonds volés servait aux patriarches à loger et à nourrir leur famille, dans des hôtels et des restaurants du territoire, où les adolescentes opéraient, à Montpellier certes, mais également à Bordeaux, Lille, en région parisienne et notamment à Eurodisney, ainsi que dans le RER A, selon une technique utilisée dans le tramway à Montpellier.

« Ils étaient très discrets »

« Les investigations ont montré que ce gang structuré ne sévissait pas à Perpignan, où les têtes de réseau avaient élu domicile. Ils ne se faisaient pas remarquer, les patriarches, comme les complices âgés de 19 à 55 ans étaient parfaitement lisses. Ils ne faisaient pas parler d’eux, les policiers et les gendarmes des Pyrénées-Orientales ignoraient jusqu’à leur présence. Ils étaient très discrets », a souligné Christophe Barret.

Un « gang des pickpockets » très mobile et sur ses gardes, très méfiant, d’où l’engagement des policiers de la brigade de recherches et d’intervention -BRI- du SRPJ de Montpellier, rompus aux techniques de repérages, de planques et de filatures permettant de monter une procédure pour procéder aux interpellations. Lors du coup de filet spectaculaire de lundi, tous les objectifs ciblés ont été arrêtés.

Tous parlent la langue des pays de l’Est dite « la romani des Balkans », ce qui n’a pas facilité les investigations et notamment le décryptage des messages distillés lors des appels téléphoniques et des SMS, dans le cadre de l’analyse des écoutes, ni les auditions en garde à vue. Les policiers et les gendarmes ont eu recours à des experts près la cour d’appel de Montpellier pour les traductions.

Cellule spéciale

Au commissariat central de Montpellier, dès la recrudescence de ces vols à la tire dans les transports en commun -près de 1 000 en 2016-, la sûreté départementale de l’Hérault avait pris la mesure du phénomène, d’autant que les pickpockets souvent très jeunes -de 12 ans à 17 ans- étaient remis en liberté par les magistrats du parquet des mineurs récidivaient. Ainsi, en 2016 et l’année dernière, des jeunes voleuses avaient été interpellées jusqu’à trois fois par semaine pour des vols à la tire en douceur commis sur des voyageurs du tramway, aux stations situées généralement rues Maguelone et de la République.

« La loi interdit de placer en détention des mineurs de 12 ans et de 13 ans. Mais, nous avons constaté l’existence de ce phénomène, comme les services de la police nationale et nous avons décidé de créer une cellule spéciale d’enquête, composée de trois enquêteurs à la sûreté départementale de l’Hérault. Les échanges avec leurs collègues de Meaux, en Seine-et-Marne, confrontés au même phénomène dans le RER A et à Eurodisney et avec l’OCLDI ont été particulièrement fructueux », s’est félicité le procureur de la République de Montpellier.

Système mafieux

Le colonel Bernard Thibaud qui est à la tête de l’Office central de lutte contre la délinquance itinérante -OCLDI- a confirmé ce jeudi à Montpellier que, « la mobilité de ce gang organisé utilisant de très jeunes mineures échappant à des poursuites pénales en cas d’arrestation a compliqué l’enquête. Mais, ce n’est pas la première procédure du genre, dans le passé, nous avons démantelé un système mafieux similaire sur le territoire ».

Le coup de filet a été particulièrement concluant, puisque un couple de garagistes de Perpignan a été identifié, placé en garde à vue et présenté au juge d’instruction, ce jeudi pour sa mise en examen pour blanchiment. Il est soupçonné d’avoir utilisé des fonds remis par les trois patriarches bosniaques et provenant des vols à la tire. Le couple a été remis en liberté sous contrôle judiciaire.

Six des commanditaires présumés ont été déférés à leur tour devant le juge d’instruction ce soir, les autres le seront demain. Il ressort de l’enquête que les petites voleuses étaient toutes des membres de leur famille, leurs filles pour certaines, des cousines et des nièces pour d’autres. Du coup, le délit présumé de traite des êtres humains a été abandonné par le parquet de Montpellier.

Reste que ces adolescentes étaient formées par ces adultes aux techniques de ruse pour dépouiller en douceur les usagers du tramway à Montpellier de leurs cartes bancaires, code secret compris. Avec un bonus juteux de 150’000 € par mois.

De gauche à droite, un policier de Meaux, le patron du Groupe d’intervention régional et de l’OCLDI. Photo JMA. Métropolitain.

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