Ce discret chef d’entreprise Ch’ti, marqué par la personnalité de son grand-père Kabyle arrivé en France en 1962, est un professionnel du salon qui n’aime pas faire banquette… Rapidement, sa société Orsa Events, créée à Lille en 2002, est devenue un acteur majeur de l’évènementiel en France : 67 salariés et 13,5 M€ de CA en 2017. Installé en famille depuis 2003 à Montpellier, Ali Arab est également devenu le prestataire officiel de la salle Sud de France Arena et du parc des expositions de Pérols.
Si on lui a prêté des intentions politiques à Montpellier, ce proche de Brigitte Macron rappelle qu’il n’est pas intéressé, concentré par la nouvelle phase de développement de son entreprise, qui boucle une levée de fonds. Au menu : la conquête de l’Occitanie et le développement à l’international. Interview.
>> Vous êtes un homme discret. Et en plus, vous arrivez à l’avance aux rendez-vous. Ce n’est pas très ‘’sudiste’’ pour un Montpelliérain d’adoption…
En effet, je ne suis pas du Sud. Je suis né à Lille et j’ai grandi dans le Nord. Et oui, je suis Ch’ti. Et si j’apparais comme quelqu’un de ‘‘discret’’, c’est dû à ma culture de la région des Hauts-de-France, où l’on affiche, en effet, moins de faconde que dans le Sud et où on s’efforce aussi d’arriver à l’heure. En fait, ce qui me caractérise pourrait tenir en trois mots : discret, travailleur et… travailleur !
>> Justement, que fait actuellement le travailleur-travailleur que vous êtes ?
Ben… il bosse ! Je passe beaucoup de temps au service de ma société, Orsa Events, que j’ai créée en 2002 à Lille et que je dirige avec mon fils. Orsa est un prestataire de services spécialisé dans les solutions évènementielles. La société prend en charge un événement, un salon par exemple, et assure sa réalisation globale. En fait, je suis à la base un technicien de l’évènementiel : je pose les cloisons, la signalétique, les décors, je fais la captation d’images, le son, etc. On peut nous voir comme la ‘’société qui pose la moquette’’, mais sur ce secteur de niche que j’ai su repérer il y a 20 ans, Orsa Events est devenue un leader national. La société, dont le siège social est à Avelin près de Lille, emploie aujourd’hui 67 personnes et réalise 13,5 millions d’euros de chiffre d’affaires.
>> Votre chemin passe et repasse toujours par Lille. Mais, vous vivez à Montpellier ?
Oui, depuis 2003, ma famille a fait le choix de venir dans le Sud. Avec ma femme et mes 4 enfants, nous sommes devenus néo-Montpelliérains. J’habite à Montpellier, mais je passe beaucoup de temps en déplacement, que ce soit à Lille (Orsa réalise 60% de son activité dans le Nord), dans le reste du pays et à l’international, notamment à Bruxelles et à Barcelone, où nous avons des bureaux.
>> À quelle occasion avez-vous repéré ce marché de niche ? Vous étiez un professionnel de l’évènementiel pour créer Orsa ?
Non, pas du tout ! En fait, j’ai fait des études d’expertise-comptable mais, en 1991, j’ai décidé de changer de voie. J’ai réalisé que je ne voulais pas passer mon temps à faire de la compta. J’ai pris mon destin en main. J’étais très attiré par le commerce et la création de projet. J’ai passé mon diplôme de moniteur d’auto-école et j’ai créé ma première entreprise : une auto-école. On est loin de l’évènementiel, non ? (rires)
>> Comment passe-t-on de l’auto- école à l’évènementiel ?
Je crois beaucoup aux rencontres. À une époque, en 1995, le meilleur ami de mon beau-frère, qui travaille dans l’évènementiel, a besoin d’un coup de main. J’accepte de l’aider et là, je découvre un monde que je connaissais pas : l’envers du décor, les coulisses des salons et des congrès, et tous les métiers que ces évènements requièrent. Et bien sûr, le marché que cette activité représente… J’ai créé ma structure dans la foulée. Nous avons gagné au fil des ans nos galons de prestataire d’abord dans le Nord de la France, puis dans le Sud, à Montpellier, grâce à des rencontres cruciales avec de grands personnages : Georges Frêche et François Barbance.
>> Comment s’est fait la rencontre ?
A l’époque, nous suivions Marc Blondel, le patron de FO, dont nous organisions les congrès. Et FO a organisé l’un de ses congrès, au début des années 2000, à Montpellier… A l’occasion de cet événement, j’ai eu la chance d’être présenté à Georges Frêche et François Barbance. Montpellier, qui misait beaucoup sur le développement de l’évènementiel pour booster son attractivité et son activité économique, cherchait des partenaires fiables. Orsa, sur la force de son savoir-faire, a pu ainsi devenir partenaire des grands évènements organisés à Montpellier, de la Foire Internationale à l’Open Sud de France. Depuis 10 ans, nous sommes le prestataire officiel de l’Arena et du Parc des expositions.
>> À Montpellier, le choix de favoriser l’évènementiel est-il un pari justifié ?
Totalement. Un pari déjà réussi d’ailleurs : Montpellier est devenue une ville de congrès reconnue mondialement. L’évènementiel a de beaux jours devant lui sur ce territoire où l’offre s’appuie sur des équipements complets : un parc des expositions moderne, proposant de grands volumes et de beaux extérieurs ; l’une des plus belles Arena de France capable d’organiser le championnat d’Europe de basket avec l’équipe de France ; et le Corum, un palais des congrès en plein centre-ville ! Notre rôle consiste aujourd’hui à accompagner et conseiller les organisateurs d’évènements dans le bond qualitatif de leurs prestations.
>> Orsa Events n’est plus seulement prestataire, mais accompagnateur ? Exactement. Nous avons su faire évoluer notre métier et acquérir de nouvelles compétences. Nous sommes une entreprise dont l’ADN pousse à participer à la vie locale montpelliéraine, comme nous le faisons déjà à Lille. Nous travaillons avec les organisateurs d’évènements en essayant de les faire monter en gamme, de les bonifier. C’est ce que nous avons réalisé sur le dernier Open Sud de France avec le village Sud de France. Nous avons créé un espace de 3 000m2 dédié aux rencontres entre professionnels. Pour cela, nous avons imaginé un hall entier construit comme un village avec sa place centrale et des rues menant à des loges. Et nous avons su trouver des partenaires pour valoriser cet espace : il y avait un grand bar central dédié aux produits Sud de France, un espace lounge avec DJ animé par Les Grands Enfants, et un restaurant tenu par le Traiteur du littoral, du groupe Nicollin.
>> Ce Village a été très apprécié. Une belle vitrine pour Orsa Events ?
Une très belle vitrine ! En fait, l’open Sud de France nous permet de prouver notre savoir-faire qui, aujourd’hui, est aussi un plus pour les organisateurs. Ces derniers, qu’ils soient à Lille, Montpellier ou Toulouse, savent que nous faisons évoluer nos métiers pour proposer une offre très compétitive. Le parc expo de Lille vient d’ailleurs de renouveler son contrat avec Orsa Events pour trois années supplémentaires. Un autre indice confirme notre volonté et surtout notre capacité à rester au top niveau : Orsa, qui couvre plus de 500 évènements par an, se développe aussi à l’international. Nous réalisons désormais 10 % de notre activité à Barcelone et autant à Bruxelles.
>> Quels sont les projets pour Orsa Events ?
Nous allons concrétiser une levée de fonds de 2 M€. L’enjeu consiste à lancer une politique de croissance externe pour acquérir de nouvelles compétences, des métiers complémentaires à intégrer à notre offre globale, comme le son et la lumière, ou encore la menuiserie et la signalétique numérique, la sécurité ou la restauration. Pour cela, nous avons repéré des sociétés spécialisées à Toulouse et dans le Nord que nous comptons racheter. Nous sommes prêts. Nous savons où nous devons aller, en nous dotant également d’un bureau d’étude capable de répondre à toutes les demandes pour l’aménagement d’espaces. Concrètement, l’objectif est de passer à 13,5 M€ actuellement à 20 M€ en 2020.
>> Ch’ti, Montpelliérain d’adoption, et proche de Brigitte Macron… Des bruits ont couru, lors des dernières législatives, sur votre candidature sur une circonscription montpelliéraine. Info ou intox ?
Info. En fait, oui, j’ai été sollicité pour présenter ma candidature. Mais ce n’était pas possible.
>> Vous ne vous êtes pas mis En Marche ?
Non, je n’ai pas couru lorsqu’on ma fait cette proposition (rires). Je suis plus un homme d’entreprise qu’un homme fait pour la politique. Et pour assumer un mandat de député, qui est très prenant, j’aurais dû démissionner de ma société.
J’ai touché du doigt une réalité : la politique au niveau national, pour moi, ce n’est pas compatible avec la gestion d’une entreprise qui, de plus, lance une nouvelle phase de développement… J’ai donc fait le choix de rester à ma place : l’entreprise. Ce qui ne veut pas dire que je ne serai jamais tenté par un mandat local, pour me mettre au service d’une collectivité, comme la Métropole, ou la CCI. Il y a de nombreuses façons de se rendre utile. L’idée est de m’impliquer dans la vie d’un territoire qui m’a bien accueilli pour servir l’intérêt général.
>> Vous seriez prêt à vous impliquer aux côtés de Philippe Saurel ?
Pourquoi pas ? Je pourrais aussi m’impliquer politiquement à Lille. Il y a aujourd’hui en France des collectivités, des villes ou des métropoles, qui sont dynamiques et qui fonctionnent bien. Et la Métropole de Montpellier fait partie de celles- ci. Il y a de bons maires et de bons présidents de métropole, et Philippe Saurel en est un.
>> Vous restez discret sur vos rapports avec le Président Emmanuel Macron…
(il coupe) Mais parce que je n’ai pas de rapport avec le pouvoir. On me prête l’oreille du président de la République, mais c’est faux. J’ai rencontré Brigitte Macron qui est du Nord elle-aussi et le courant est passé. J’ai donc rencontré Emmanuel bien avant l’élection présidentielle. Mais cela ne fait pas de moi un homme du pouvoir qui agit dans l’ombre… Je suis loin de tout cela. Je n’en profite pas.
>> Ce n’est pas tentant ?
Non, pas spécialement. Et puis ce n’est pas utile : je suis Kabyle mais j’ai mes papiers (rires).
>> L’INTERVIEW. Propos recueillis par Gil Martin / Photos : Mario Sinistaj / Vidéo : Arnaud Boularand