Les policiers de la brigade de la délinquance astucieuse de la sûreté départementale de l’Hérault ont mis aux agissements d’un escroc récidiviste de 44 ans. Pour l’heure, le préjudice est estimé à 400’000 €, mais il est provisoire. La liste des victimes pourrait s’allonger.

Originaire de Sant-Étienne, dans la Loire, déjà condamné dans le passé pour des arnaques identiques, le quadragénaire qui présentait bien pour « endormir » les victimes mises en confiance était très mobile, changeant de ville régulièrement et dormant dans des meublés et des hôtels. Finalement, c’est dans un hôtel mitoyen de l’aéroport de Toulouse, à Blagnac, que les enquêteurs ont localisé sa trace, la semaine dernière.

Après avoir été ramené à l’hôtel de police de Montpellier, il a été placé en garde à vue, puis déféré devant un juge d’instruction, le procureur de la République d’ici ayant ouvert une information judiciaire, mis en examen et incarcéré le week-end dernier.

Société fantôme

Depuis le début de l’année, dans l’Hérault, une dizaine de particuliers et de professionnels du bâtiment ont porté plainte pour les mêmes faits.  Ils ont été aveuglément trompés par le quadragénaire qui se présentait comme gérant d’une société de construction.

Les particuliers réglaient des avances, sous la forme de coquettes sommes, pour des travaux qui n’ont jamais commencé. Des couples ont ainsi investi leurs économies ou des prêts bancaires pour un chantier qui ne sortait pas de terre. Quand ils appelaient le démarcheur, le téléphone sonnait dans le vide. Ils découvraient alors qu’ils avaient été bernés par un escroc d’une société fantôme.

Les professionnels du BTP ont, de leur côté vendu du matériel destiné aux chantiers qui n’existaient pas, sans avoir été payés en retour. Préjudice : 250’000 €. Toutes ces plaintes ont été regroupées au parquet de Montpellier, qui a saisi la brigade de la délinquance astucieuse de la Sécurité publique.

10’000 € en liquide

Les enquêteurs n’ont pas tardé à découvrir que le quadragénaire indélicat avait déjà sévi, selon un mode opératoire identique. Il choisissait ses victimes au gré de ses déplacements dans les départements du Grand Sud et l’année dernière, ainsi qu’en janvier dernier, il a donc séjourné dans l’Hérault, avant de mettre les voiles.

Lors de la perquisition dans l’hôtel à Toulouse-Blagnac, les policiers ont mis la main sur deux chéquiers d’une société basée à Montpellier avec 100’000 € de fonds détournés, en plus des 250’000 € « pompés » à la dizaine de particuliers et de professionnels. Pour l’anecdote, ils ont retrouvé 10’000 € en liquide dans la chambre d’hôtel.

Fausse identité

Les enquêteurs ont également découvert que le quadragénaire n’était pas venu en Haute-Garonne pour faire du tourisme, il continuait son tour du Grand Sud de l’arnaque. En effet, il était en train de construire une autre escroquerie au BTP, similaire à celle de Montpellier.

Pour agir, il avait ouvert un compte bancaire sous une fausse identité. L’agence bancaire toulousaine lui avait remis deux chéquiers, sur la foi de documents falsifiés. En deux mois, il avait déjà détourné 60’000 €. Et il avait démarché des particuliers, dont le projet était de construire la villa de leur rêve et des sociétés de construction.

Conseils pour éviter de se faire piéger

Avant de faire confiance à un démarcheur d’une société de construction, il convient de respecter des règles issues du Code de la consommation. Il est impératif de lui demander tous les documents prouvant que cette société a bien une existence légale et de vérifier auprès du tribunal de commerce.

Le contrôle des publicités régulièrement effectué par les services des fraudes -la DGCCRF- révèle de nombreuses anomalies : des mentions entretenant la confusion avec l’activité de constructeur de maison individuelle (« clé en main », « réalisation de dessins et de plans ») ; des références à des labels, des qualifications ou agréments dont l’entreprise n’est pas titulaire ; des moyens humains ou l’expérience de l’entreprise mis en avant mais ne reflétant pas la réalité (« notre expérience depuis plus de 20 ans » alors que la société a moins de 6 mois) ; des biens proposés qui ne sont pas disponibles ; un flou autour des performances énergétiques ; des mentions d’un coût erroné pour le consommateur ; des annonces d’offres « maisons + terrains »pour lesquelles l’entreprise n’est pas en mesure d’apporter des justificatifs recevables, quant aux prix et disponibilités.

Une enquête récente de la DGCCRF confirme que les règles protectrices exigées par le Code de la construction et de l’habitation et le Code de la consommation ne sont pas toujours appliquées par de nombreux professionnels. La problématique des « faux constructeurs » reste également génératrice d’insécurité pour le particulier, qui n’est pas systématiquement informé des dispositions qui le protègent.

Quand on a décidé d’acheter une maison, il ne faut pas se précipiter : il ne fait pas hésiter à ce déplacer pour vérifier, par exemple, que la société existe bien à l’adresse indiquée et éviter de faire les transactions exclusivement par téléphone ou par échanges de mails. Histoire de ne pas tomber dans le piège des constructeurs fantômes, comme ces Héraultais qui ont tout perdu et ne récupèreront peut-être jamais leur argent.

>> La police de Montpellier lance un appel à de potentielles victimes de cet escroc présumé. Particuliers ou professionnels du gros oeuvre dans le BTP, ils peuvent se présenter au commissariat central ou appeler au 04.99.13.50.00.